LA GALERIE DU SPECTACLE vous parle de LE RÊVE DE MERCIER

7 Avr 2022

LA GALERIE DU SPECTACLE VOUS PARLE DE « LE RÊVE DE MERCIER »

Le prince Albert II de Monaco a assisté à la représentation le 24 février 2022 : monté sur scène, il a félicité chaleureusement les comédiens. Cette pièce d’un auteur monégasque encouragé par le souverain quand il lui a fait part de son projet, fait revivre une héroïne de l’ombre ressuscitée dans une rencontre fictive avec Louis-Sébastien Mercier au cours de l’été 1794.
Une belle leçon d’Histoire dans un huis-clos accentué par le resserrement temporel d’une seule journée décisive.

Tout semble séparer le révolutionnaire convaincu et passionné et Françoise-Thérèse de Choiseul-Stainville, épouse Grimaldi, princesse de Monaco, dont l’identité n’est découverte qu’un peu plus tard, ce qui provoque l’indignation de l’écrivain. Au contraste des tempéraments s’ajoute la lutte des classes, perceptible dès la première confrontation entre d’une part, l’homme sincère aux gestes et au verbe abrupts, qui s’emporte facilement, dans son discours vibrant, et d’autre part, celle qu’il tutoie en l’appelant « citoyenne », cette jeune aristocrate raffinée et élégante dans sa belle robe qui semble tout droit sortie du XVIIIe siècle. Avec ses manières posées (sans être maniérée pour autant) et son langage châtié et doux, cette politesse distante qui est le reflet de sa conscience de classe, elle garde son sang-froid en toutes circonstances, dans un mélange de courage et de stoïcisme jusqu’à son dernier souffle. C’est un beau portrait de femme et de mère, jamais figé ni stéréotypé, émouvant et sobre – comme le décor – et qui n’est pas alourdi par les tentations de l’apitoiement larmoyant et du pathétique facile.

Nous sommes plongés loin du fracas du monde, dans le clair-obscur d’une prison, antichambre de la mort. Le contexte révolutionnaire est bien évoqué, dans une atmosphère de chaos, de violence et de confusion politiques, propice aux coups de théâtre, à l’ombre de Robespierre et de la sinistre guillotine, quand l’humanité devient le jouet des caprices d’une Histoire absurde qui bégaie. Le danger qui vient de l’extérieur est suggéré par les bruits, la petite fenêtre de la cellule, l’attente fébrile des deux personnages en sursis, devenus presque proches au fil des dialogues, des confidences et dans l’urgence de la mort qui frappe au carreau. L’ailleurs est suggéré par les échos des procès iniques qui font tomber des têtes souvent innocentes et à la fin de la pièce, on est suspendu à la lente description de l’ultime voyage du convoi de condamnés vers la place du Trône renversé.

Nuancée et délicate comme du Racine (évoqué comme lecture favorite de la jeune femme qui n’a pas entendu parler de l’écrivain qui s’en offusque), la pièce mêle réalisme historique, psychologique et tragédie toujours d’actualité, dans un juste équilibre entre réflexion et émotion : le rêve de Mercier et de la princesse n’est-il pas finalement la recherche d’un bonheur simple et tranquille dans une société sereine ?

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