LA GRANDE PARADE vous parle de LE VOISIN DE PICASSO

3 Avr 2022

LA GRANDE PARADE VOUS PARLE DE “LE VOISIN DE PICASSO • DE LA PEINTURE À LA COMÉDIE FRANÇAISE”

Le Voisin de Picasso, sur le mode cocasse, évoque grandeur décadence d’un peintre du XIXe. Avec de forts accents actuels.

Antoine, comédien « provisoirement » au chômage, officie comme gardien dans un musée. Le voici accompagnant du geste et de la parole, en anglais, espagnol, italien, de cuisine et transport, les visiteurs empressés de se rassembler, devant les œuvres de Picasso, sans nécessairement les apprécier. Lui, désespère de leur faire découvrir, un des grands peintres du XIXe, aujourd’hui poussé dans les tiroirs poussiéreux de l’oubli. Et pourtant. Il s’agit, rien moins, que d’un contemporain de Monet, Sisley, Renoir et même Van Gogh, tous à l’aube de carrières encore balbutiantes et soumises aux critiques acerbes des peintres académiques et des journalistes. Qui donc est cet artiste, décorateur adulé en son temps, au point qu’on lui passa commandes pour peindre plafonds et murs d’institutions parisiennes aussi prestigieuses que le Conservatoire de musique, l’Opéra Garnier et, consécration suprême, la Comédie française ? Acteurs, hommes politiques se l’arrachent ; sa réputation enjambe les frontières : il décore des édifices à Bruxelles, Baden Baden, ses toiles se vendent à New York, Naples, Sydney. Mais, comme sa fresque de la Comédie française, peinte en 1877-1879, et partie en fumée lors d’un incendie en 1900, sa gloire n’est plus, après sa mort en 1889, que cendres froides. Un homme, gardien de musée, toutefois tente de raviver la flamme auprès de publics occasionnels : amateurs d’art, familles, gamins d’école primaire en visite. Créant un théâtre imaginaire, il narre, au risque de sa santé mentale, la vie de ce peintre oublié : Alexis-Joseph Mazerolle.

La nouvelle vague impressionniste
Ecrit et interprété par Rémi Mazuel, Le Voisin de Picasso, au-delà de la figure de Mazerolle, parle de peinture, de marché de l’art, d’avant-garde, de culture enfin. Le texte interroge sur la définition de la beauté, de la nécessité, de l’essentialité de la culture, du statut de l’artiste. Autant de questions qui se sont posées de tous temps et qui perdurent. Pour cela, l’auteur-comédien convoque Charles Gleyre, professeur aux Beaux-arts, débordé par la vague de ses jeunes élèves : Basile, Monet, Renoir, Sisley, chefs de file des impressionnistes, et l’éditeur de Mazerolle, qui explique doctement qu’œuvre d’art et reproduction enrichissent artiste et maison d’édition (nous y ajouterons, aujourd’hui, galeristes et diffuseurs sur le web), dans une course obsessionnelle à la notoriété et à l’argent. Ces réflexions s’appliquent à toute forme artistique, comme le suggère Antoine, comédien, obligé d’user ses souliers sur les dalles d’un musée, après quelques apparitions dans une série télévisée.

Les clés du comique
Rémi Mazuel, seul en scène, avec quelques accessoires et vêtements qui lui permettent de voler d’un personnage à un autre, déploie toute sa fougue et sa maîtrise de la voix et du geste pour donner corps aux différents personnages. On rit aux mimiques et expressions affectées du vieux birbe professeur des Beaux-Arts, aux gesticulations du gardien de musée-conteur tentant de contrôler la farandole énervée d’écoliers en goguette. Le texte joue avec bonheur du dialogue « monologué ». Le spectateur est amené à deviner les répliques muettes des interlocuteurs invisibles ; le jeu de Rémi Mazuel en délivre les clés et rajoute au comique. Un spectacle revigorant en notre époque quelque peu maussade où pas mal de valeurs sont bafouées et vouées à s’afficher sur la grande scène du marché.

Christian Kazandjian

 

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