SPECTACLES SÉLECTION vous parle de LE VOISIN DE PICASSO

par | 11 Nov 2021 | Actualités

SELECTION SPECTACLES vous parle de ” LE VOISIN DE PICASSO “

Il est difficile d’être celui qu’on ne voit pas, n’écoute pas, ne remarque même pas. A plus forte raison quand on voudrait être le comédien reconnu sur le devant de la scène, et non ce gardien de musée quasi transparent, à qui il échoit d’indiquer la direction vers Picasso, au détriment de ce portrait qu’il côtoie, celui d’un laissé-pour-compte qui eut cependant son heure de gloire, avant de sombrer aux oubliettes de la notoriété escamotée. Alexis-Joseph Mazerolle, élève de Charles Gleyre, condisciple de Sisley, Renoir, Monet, Bazille. Peintre honoré du temps où il peignait la coupole de la Comédie Française, décorait le foyer de l’Opéra, entre autres. Un beau palmarès sans suite.

Mazerolle, c’est par son frère aîné Gabriel qu’Antoine a appris à le connaître au point d’en retracer toutes les facettes, devant les publics passagers qu’il tente d’y intéresser. En vain.
Pour combler le vide de son existence, il brosse les diverses figures qui hantent son esprit tourmenté, endossant tour à tour la blouse du peintre ou le costume étriqué de sa fonction, jouant sur les dialogues tronqués avec les peintres un instant ressuscités ou les petits visiteurs scolaires dont il hérite momentanément, à son corps défendant. Tyran d’atelier, élèves indisciplinés. Une noria de personnages qu’on s’imagine sans les voir. 
Peintre oublié, frère escamoté, comédien raté, gardien frustré. De lourds secrets pèsent sur cet être déchiré qui sombre lui aussi dans l’ombre définitive, celle de la démence.

Rémi Mazuel, troublant de vérité, brosse de ce personnage un portrait en clair-obscur, amertume et désenchantement, entre tendresse et dérision, forçant le rire et la compassion face à l’injustice du talent et aux aléas de sa reconnaissance.
L’espace scénique est alternativement habité par la réalité contemporaine ou suggéré par les évocations d’Antoine. A quelques siècles d’écart. Cette jonglerie protéïforme déstabilise sciemment le spectateur qui ne peut manquer de s’interroger : où s’instaure le vrai du récit ? où s’inaugure le délire mental ?
C’est à la camisole de force d’ouvrir le spectacle et de le clore…